Pour une poignée d’alinéas … la composition pénale

Il y a encore quelques jours j’ignorais presque tout de la composition pénale. Désormais, je la connais un peu plus intimement. Et comme je suis tatillon, j’ai relevé un de ses difformités, bénigne, certes, mais quand même.

Cette procédure « à l’américaine » est régie par l’article 41-2 du Code de Procédure Pénale, article copieux s’il en est :

Article 41-2

Le procureur de la République, tant que l’action publique n’a pas été mise en mouvement, peut proposer, directement ou par l’intermédiaire d’une personne habilitée, une composition pénale à une personne majeure qui reconnaît avoir commis un ou plusieurs délits prévus par les articles 222-11, 222-13 (1° à 11°), 222-16, 222-17, 222-18 (premier alinéa), 227-3 à 227-7, 227-9 à 227-11, 311-3, 313-5, 314-5, 314-6, 322-1, 322-2, 322-12 à 322-14, 433-5 à 433-7 et 521-1 du code pénal, par les articles 28 et 32 du décret-loi du 18 avril 1939 fixant le régime des matériels de guerre, armes et munitions, par l’article L. 1er du code de la route et par l’article L. 628 du code de la santé publique, qui consiste en une ou plusieurs des mesures suivantes :

1° Verser une amende de composition au Trésor public. Le montant de cette amende de composition, qui ne peut excéder ni 25 000 F ni la moitié du maximum de l’amende encourue, est fixé en fonction de la gravité des faits ainsi que des ressources et des charges de la personne. Son versement peut être échelonné, selon un échéancier fixé par le procureur de la République, à l’intérieur d’une période qui ne peut être supérieure à un an ;

2° Se dessaisir au profit de l’Etat de la chose qui a servi ou était destinée à commettre l’infraction ou qui en est le produit ;

3° Remettre au greffe du tribunal de grande instance son permis de conduire ou son permis de chasser, pour une période maximale de quatre mois ;

4° Effectuer au profit de la collectivité un travail non rémunéré pour une durée maximale de soixante heures, dans un délai qui ne peut être supérieur à six mois.

Lorsque la victime est identifiée, et sauf si l’auteur des faits justifie de la réparation du préjudice commis, le procureur de la République doit également proposer à ce dernier de réparer les dommages causés par l’infraction dans un délai qui ne peut être supérieur à six mois. Il informe la victime de cette proposition.

La proposition de composition pénale émanant du procureur de la République peut être portée à la connaissance de l’auteur des faits par l’intermédiaire d’un officier de police judiciaire. Elle fait alors l’objet d’une décision écrite et signée de ce magistrat, qui précise la nature et le quantum des mesures proposées et qui est jointe à la procédure. A peine de nullité, cette proposition ne peut intervenir pendant la durée de la garde à vue de l’auteur des faits.

La composition pénale peut être proposée dans une maison de justice et du droit.

La personne à qui est proposée une composition pénale est informée qu’elle peut se faire assister par un avocat avant de donner son accord à la proposition du procureur de la République. Ledit accord est recueilli par procès-verbal. Une copie de ce procès-verbal lui est transmise.

Lorsque l’auteur des faits donne son accord aux mesures proposées, le procureur de la République saisit par requête le président du tribunal aux fins de validation de la composition. Le procureur de la République informe de cette saisine l’auteur des faits et, le cas échéant, la victime. Le président du tribunal peut procéder à l’audition de l’auteur des faits et de la victime, assistés, le cas échéant, de leur avocat. Les auditions sont de droit si les intéressés le demandent. Si ce magistrat rend une ordonnance validant la composition, les mesures décidées sont mises à exécution. Dans le cas contraire, la proposition devient caduque. La décision du président du tribunal, qui est notifiée à l’auteur des faits et, le cas échéant, à la victime, n’est pas susceptible de recours.

Si la personne n’accepte pas la composition ou si, après avoir donné son accord, elle n’exécute pas intégralement les mesures décidées ou, si la demande de validation prévue par l’alinéa précédent est rejetée, le procureur de la République apprécie la suite à donner à la procédure. En cas de poursuites et de condamnation, il est tenu compte, le cas échéant, du travail déjà accompli et des sommes déjà versées par la personne.

La prescription de l’action publique est suspendue entre la date à laquelle le procureur de la République propose une composition pénale et la date d’expiration des délais impartis pour exécuter la composition pénale.

L’exécution de la composition pénale éteint l’action publique. Elle ne fait cependant pas échec au droit de la partie civile de délivrer citation directe devant le tribunal correctionnel dans les conditions prévues au présent code. Le tribunal ne statue alors que sur les seuls intérêts civils, au vu du dossier de la procédure qui est versé au débat.

Les modalités d’application du présent article sont fixées par décret en Conseil d’Etat.

Cet article est tellement copieux qu’il en a coupé l’envie à l’exécutif.

Pourquoi ce découragement ? En raison du dernier alinéa de l’article.

Les modalités d’application du présent article sont fixées par décret en Conseil d’Etat.

Les dites modalités d’application se retrouvent dans la partie règlementaire du Code de Procédure Pénale.

Ainsi, l’Article R15-33-60 :

Si des poursuites sont engagées dans les cas prévus par le vingtième alinéa de l’article 41-2, le dossier concernant cette procédure et dans lequel sont, le cas échéant, précisées les mesures exécutées en tout ou partie par la personne est communiqué à la juridiction de jugement, afin qu’elle puisse en tenir compte, en cas de condamnation, dans le prononcé de sa décision.

Mais quel est le vingtième alinéa de l’article 41-2 que j’ai souligné ?

Je vous renvoie pour la méthode de décompte des alinéas à un précédent billet, mais le voici, ce vingtième alinéa :

La proposition de composition pénale émanant du procureur de la République peut être portée à la connaissance de l’auteur des faits par l’intermédiaire d’un officier de police judiciaire. Elle fait alors l’objet d’une décision écrite et signée de ce magistrat, qui précise la nature et le quantum des mesures proposées et qui est jointe à la procédure.

Oups, apparemment ce n’est pas le bon … On voit en effet mal le lien entre cet alinéa et l’article R15-33-60.

Eh oui, il faut dire que l’article 42-1 du Code de Procédure Pénale a, comme nombre de ses pareils, connu de nombreuses modifications, parfois à quelques semaines à peine d’intervalle. La liste des mesures envisageable n’a eu de cesse de s’allonger, augmentant mécaniquement le nombre d’alinéas tandis que l’article R15-33-60 n’a connu qu’une seule mise à jour, en 2004.  Et l’effet domino législatif a joué.

Après consultation de l’historique de l’article 42-1, on peut donc déduire que le vingtième alinéa ad hoc est le suivant, actuellement 24ème :

Si la personne n’accepte pas la composition pénale ou si, après avoir donné son accord, elle n’exécute pas intégralement les mesures décidées, le procureur de la République met en mouvement l’action publique, sauf élément nouveau. En cas de poursuites et de condamnation, il est tenu compte, s’il y a lieu, du travail déjà accompli et des sommes déjà versées par la personne.

Facile (?) à dire avec Légifrance, certes, mais impossible avec un bon vieux code.

Comment lire la loi dans ces circonstances ?

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